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Et si votre douleur ne venait pas exactement d’où vous la ressentez?

Sep 6
5 min read

Vous avez mal au bas du dos… mais votre dos n’est peut-être pas le seul élément à considérer.


Une douleur dans le bas-ventre qui donne l’impression de tirer dans le dos. Une tension lombaire qui accompagne certains troubles digestifs. Une douleur pelvienne qui se manifeste aussi dans les hanches ou les cuisses.


Est-ce possible? Oui.


Notre cerveau ne reçoit pas toujours les signaux provenant des organes internes de façon aussi précise que ceux provenant de la peau ou des muscles. C’est notamment ce qui explique le phénomène de douleur référée viscérale : une douleur provenant d’un organe peut être ressentie dans une autre région du corps. C’est un phénomène bien reconnu en médecine de la douleur.


Mais attention : cela ne signifie pas que toute douleur lombaire vient des intestins ou que toute tension abdominale est causée par un organe « bloqué ». La réalité est beaucoup plus intéressante.


Man clutching abdomen with translucent lungs, heart and digestive organs overlaid; French text on a teal-and-white medical ad card.

Qu’est-ce qu’une douleur viscérale?


La douleur viscérale est une douleur provenant des organes internes : intestins, estomac, vessie, reins, utérus, ovaires, etc. Elle est différente d'une douleur provenant directement d'un muscle ou d'une articulation.


Les douleurs viscérales ont tendance à être :


  • plus diffuses;

  • moins faciles à localiser précisément;

  • parfois accompagnées de réactions autonomes comme des nausées, de la transpiration ou des changements digestifs;

  • susceptibles d'être ressenties à distance de l'organe à l'origine du signal.


L'Association internationale pour l'étude de la douleur reconnaît d'ailleurs la douleur viscérale référée : la douleur provenant d'un organe peut être perçue dans des tissus somatiques, peau, muscles ou tissus sous-cutanés, qui partagent certains niveaux d'innervation avec l'organe concerné.


C'est notamment ce qui explique certains phénomènes classiques par exemple, une douleur cardiaque peut être ressentie dans le bras ou la mâchoire plutôt qu'exclusivement au niveau de la poitrine. Le même principe de convergence nerveuse peut contribuer à certaines douleurs provenant des viscères abdominaux ou pelviens.



Pourquoi un organe peut-il donner une douleur ailleurs?


Le système nerveux reçoit continuellement une quantité énorme d'informations. Les informations provenant des organes et celles provenant des tissus musculosquelettiques peuvent converger vers certaines des mêmes régions du système nerveux. Le cerveau doit alors interpréter ces signaux.


Dans certaines situations, il peut attribuer la sensation à une région corporelle différente de celle où le signal a réellement pris naissance. C'est ce qu'on appelle la douleur référée. Ce phénomène est particulièrement intéressant en thérapie manuelle parce qu'une personne peut consulter pour une douleur musculaire ou articulaire alors qu'un problème viscéral contribue peut-être à ses symptômes.


Mais il faut garder une nuance essentielle : Une douleur référée est un phénomène neurologique réel. Elle ne signifie pas automatiquement qu'un organe est la cause de la douleur.



Et le lien avec le bas du dos?


Prenons un exemple très concret; une personne consulte pour une douleur lombaire persistante. On pourrait naturellement chercher du côté :


  • des muscles lombaires;

  • des hanches;

  • des articulations;

  • de la colonne;

  • des habitudes de mouvement;

  • de la charge physique;

  • du sommeil ou du niveau d'activité.


Et c'est tout à fait pertinent! Mais certaines douleurs viscérales peuvent également être ressenties dans le dos. Les reins, les voies urinaires, certains organes digestifs et les structures pelviennes peuvent notamment produire des douleurs ressenties dans différentes régions du tronc.


Cela ne veut donc pas dire que « les intestins causent les douleurs lombaires » de façon générale. Cela signifie plutôt que le système musculosquelettique et les viscères ne fonctionnent pas dans deux mondes complètement séparés.



Des exemples concrets


Le système digestif possède une innervation complexe et est particulièrement sensible à différents stimuli : distension, inflammation, contractions et changements de pression, entre autres. Une personne qui présente des troubles digestifs peut donc ressentir des symptômes qui ne se limitent pas nécessairement à l'abdomen.


Les structures gynécologiques constituent un autre exemple intéressant. Les douleurs provenant de l'utérus et des structures pelviennes peuvent être ressenties dans le bas-ventre, mais également dans le bas du dos ou certaines régions voisines. C'est notamment fréquent dans certaines douleurs menstruelles.


Une douleur persistante doit être évaluée en fonction de l'ensemble des symptômes et du contexte.



Où intervient la thérapie viscérale?

C'est ici que nous entrons dans le modèle utilisé en thérapie viscérale et en ostéopathie. Dans ces approches, on considère que les organes ne sont pas simplement « déposés » dans l'abdomen. Ils sont entourés et reliés par différents tissus :


  • fascias;

  • ligaments;

  • mésentère;

  • membranes;

  • tissus conjonctifs;

  • attaches aux structures environnantes.


Les organes possèdent également leurs propres mouvements physiologiques. Dans le modèle viscéral, on distingue notamment :


La mobilité

Elle correspond aux mouvements d'un organe par rapport aux structures environnantes, notamment lors des mouvements du corps et de la respiration.


La motilité

Dans certaines écoles de thérapie viscérale et d'ostéopathie, la motilité désigne un mouvement intrinsèque attribué à l'organe lui-même.


Le thérapeute peut chercher à percevoir manuellement ces mouvements et à identifier ce qu'il interprète comme une restriction ou une asymétrie.



Comment intégrer cette approche en massothérapie?


En massothérapie, le travail viscéral ne devrait pas être vu comme une façon de « remettre un organe à sa place ». Il peut plutôt être abordé comme une exploration douce des relations entre les tissus du tronc, la respiration, les fascias, les muscles et la perception corporelle. Par exemple, selon les besoins de la personne, le thérapeute peut travailler :


  • la région abdominale;

  • le diaphragme;

  • les côtes;

  • le bassin;

  • les muscles lombaires;

  • les tissus environnants;

  • les hanches;

  • certaines zones de tension myofasciale.


L'objectif peut être d'améliorer le confort et la mobilité globale plutôt que de chercher absolument « la structure responsable ». Et surtout, la pression n'a pas besoin d'être forte pour être efficace ou agréable.



Votre respiration joue aussi un rôle


Le diaphragme est particulièrement intéressant dans cette approche. À chaque respiration, le diaphragme se déplace et modifie les pressions à l'intérieur de l'abdomen et du thorax.


La respiration implique également le mouvement coordonné des côtes, de l'abdomen et du tronc.

Prendre quelques respirations lentes et confortables pendant un traitement peut donc devenir une façon simple d'introduire du mouvement dans cette région.



Et si votre douleur vous racontait une histoire?


Le plus intéressant avec l'approche viscérale n'est peut-être pas de trouver « l'organe coupable ». C'est plutôt d'élargir notre façon de regarder le corps.


Une douleur n'est pas toujours parfaitement localisée à l'endroit où le problème se trouve. Le système nerveux, les muscles, les fascias, les viscères, la respiration et les mouvements du corps communiquent constamment.


La prochaine fois que vous ressentez une tension persistante, demandez-vous donc non seulement :


« Où est-ce que j'ai mal? »


mais aussi :


« Qu'est-ce qui se passe autour de cette douleur? »

Votre respiration? Votre digestion? Votre cycle menstruel? Votre niveau de stress? Votre façon de bouger? Votre sommeil? Votre activité physique?


Ce sont ces différentes informations, mises ensemble, qui permettent de construire une compréhension beaucoup plus intéressante et beaucoup plus nuancée de votre douleur.

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