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Vieillir en santé : sommes-nous vraiment responsables de 80 % de notre état de santé?

« Les personnes âgées seraient responsables à au moins 80 % de leurs problèmes de santé. »

Cette affirmation a fait couler beaucoup d'encre au courant des dernières semaines à la suite de la publication du rapport Living Longer, Better (Vivre longtemps, et mieux), présenté lors du Smart Ageing Summit à l'Université d'Oxford.


Pour certains, il s'agit d'un message inspirant qui redonne du pouvoir aux individus. Pour d'autres, cette affirmation est beaucoup trop simpliste et risque de culpabiliser les personnes vivant avec des problèmes de santé.


Alors, qu'en est-il réellement?


La science nous permet-elle d'affirmer que notre santé dépend principalement de nos choix? Ou existe-t-il d'autres facteurs tout aussi importants?


Four older adults jog in a sunny park; French text asks if we are 80% responsible for healthy aging.

Un constat qui fait réfléchir


Le rapport soutient qu'au moins 80 % des problèmes de santé observés à un âge avancé seraient attribuables à des facteurs modifiables liés au mode de vie plutôt qu'au vieillissement lui-même. Les auteurs mettent notamment l'accent sur :


  • l'activité physique;

  • l'alimentation;

  • le sommeil;

  • la consommation d'alcool;

  • le tabagisme;

  • le maintien d'une bonne condition physique.


Selon eux, le déclin physique souvent associé au vieillissement ne serait pas une conséquence inévitable de l'âge, mais davantage le résultat d'une accumulation de maladies évitables, d'une perte de condition physique et de facteurs sociaux.



Ce que la science confirme


Sur un point, la majorité des experts s'entendent : nos habitudes de vie ont un impact majeur sur notre santé. Ça, on le sait depuis longtemps!


Une vaste étude menée par des chercheurs d'Oxford auprès de 500 000 participants de la banque de données UK Biobank a montré que les facteurs environnementaux et les habitudes de vie influencent davantage le vieillissement et le risque de décès prématuré que la génétique. Les chercheurs ont notamment identifié l'activité physique, le tabagisme, les conditions de vie et plusieurs facteurs modifiables comme ayant un impact important sur la santé à long terme.


D'autres recherches démontrent depuis longtemps que l'exercice régulier, un sommeil adéquat, une alimentation équilibrée et l'absence de tabagisme réduisent significativement le risque de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2, de plusieurs cancers et de perte d'autonomie.


En d'autres mots, nos choix quotidiens comptent réellement.



Là où le débat commence


Ce qui est davantage contesté, ce n'est pas l'importance des habitudes de vie, mais bien le chiffre de 80 %. Plusieurs experts interrogés à la suite de la publication du rapport ont souligné que cette estimation ne tient pas suffisamment compte des déterminants sociaux de la santé.


La santé d'une personne dépend aussi de nombreux éléments sur lesquels elle n'a qu'un contrôle limité :


  • le revenu;

  • l'éducation;

  • l'accès aux soins;

  • le logement;

  • les conditions de travail;

  • l'environnement;

  • le soutien social;

  • certaines prédispositions génétiques.


Par exemple, il est plus facile d'adopter de saines habitudes de vie lorsque l'on dispose d'un revenu suffisant, d'un environnement sécuritaire pour bouger et d'un accès à des aliments de qualité.


La santé est donc le résultat d'une interaction complexe entre les choix individuels et le contexte dans lequel une personne évolue.



Le piège de la culpabilisation


L'un des risques de ce genre d'affirmation est de laisser croire que toute personne malade est responsable de sa condition. Or, la réalité est beaucoup plus nuancée.


Certaines personnes développent des maladies malgré une excellente hygiène de vie. D'autres vivent avec :


  • l'arthrose;

  • certaines maladies auto-immunes;

  • des cancers;

  • des maladies neurologiques;

  • ou des prédispositions génétiques importantes.


À l'inverse, certaines personnes ayant des habitudes de vie moins favorables conserveront une bonne santé pendant longtemps. La biologie humaine demeure complexe.


L'objectif ne devrait donc jamais être de blâmer, mais plutôt de reconnaître le pouvoir que nous avons sur plusieurs facteurs tout en acceptant que certains échappent à notre contrôle.



Ce que nous pouvons réellement faire


Même si nous ne contrôlons pas tout, les recherches montrent qu'il n'est jamais trop tard pour améliorer sa santé.


Chez les aînés, plusieurs interventions démontrent des bénéfices importants :


  • maintenir une activité physique régulière;

  • préserver la masse musculaire;

  • travailler l'équilibre;

  • dormir suffisamment;

  • réduire le tabac et l'alcool;

  • conserver une vie sociale active;

  • stimuler les fonctions cognitives;

  • gérer le stress chronique.


Ces habitudes sont associées à une meilleure qualité de vie, une plus grande autonomie et un risque réduit de nombreuses maladies chroniques.



Vieillir n'est pas synonyme de décliner


L'une des grandes forces de ce débat est qu'il remet en question une croyance encore très répandue : celle selon laquelle le vieillissement entraîne automatiquement la maladie et la perte d'autonomie.


La science moderne du vieillissement montre plutôt qu'une partie importante du déclin fonctionnel est influencée par des facteurs modifiables. Cela ne signifie pas que nous pouvons contrôler entièrement notre destin biologique. Cela signifie plutôt que nous avons souvent plus de pouvoir que nous le croyons.



En conclusion


Dire que les personnes âgées sont responsables à 80 % de leur état de santé est probablement une simplification excessive d'une réalité beaucoup plus complexe. Cependant, le message de fond mérite réflexion : nos habitudes quotidiennes ont une influence considérable sur notre qualité de vie en vieillissant.


La meilleure approche n'est ni la culpabilisation ni le fatalisme. C'est de reconnaître que la santé se construit chaque jour, à travers une multitude de petits choix, tout en tenant compte des réalités individuelles et des défis propres à chacun.


Vieillir fait partie de la vie. Vieillir en santé est en partie une question de choix, mais aussi de contexte, d'accompagnement et parfois tout simplement de circonstances que nous ne contrôlons pas.

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